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mercredi 1 avril 2009

Les rêves à la rescousse


Il y a 2 ans. 
Nous sommes sur une plage, d'une vulgarité abyssale. Genre Juan-Les-Pins au mois d'Aout, quand les bedaines repues rougissent leur peau tendue par le déjeuner sous un soleil offensif. 
Elle m'attend dans l'eau. Je ne savait pas qu'elle viendrait. J'en rêvais. Cela fait toute une vie, à cet instant, que je l'espère. Son regard dans le mien déborde d'une complicité joyeuse, une complicité sans précédent, c'est à la fois la soeur, l'idéal, le désir, l'amie. Envie de rire et jouir tout en même temps, ce qui est pourtant délicat. Je rentre dans l'eau, je bande jusqu'au soleil, ce qui est - on le sait- peu probable. Je la prend dans mes bras, je l'adore, elle me connaît déjà par coeur. Pourtant émue elle-même (un peu d'eau dans ses yeux comme il faut), elle sourit de mon exaltation, elle semble dire "tu as raison". Je la prend tout court. Plus personne autour. Un miracle à l'eau de rose: 
je l'aime en continu,
et - allant et venant- je jouis en continu. 
Pas de début, milieu et victoire finale, 
non: un orgasme tout du long, un spasme à chaque va-et-viens. 
Mon coeur qui bat, et qui bâtera - c'est maintenant certain- TOUJOURS.
Jusquà la canne, la mort, et bien après. Je suis physiquement amoureux, heureusement amoureux, parfaitement amoureux. D'Elle, qui vaut pour toutes les autres. Et ne supporte pas la moindre comparaison. Plus de doute, plus rien d'autre, On est bon

Mais Bang...!
Réveille-toi !

Le jour, qui se faufile- mesquin- entre les rideaux de velours, vient sonner la fin des réjouissances. 
Je prolonge un instant les délices - du corps et de l'esprit- en pétrissant mon oreiller. Je le pétris, je le désire, je le maudis... Juste avant la colère: 
Pas l'ombre d'un parasol, aucune plage, et personne dans la flotte : je suis seul comme un con, dans mon large plumard parisien. Je suis seul, ou c'est tout comme, tout pire. J'assiste en spectateur amère à l'évaporation- direct live- de cette drogue dure qui parcourait tout mon corps, un instant plus tôt. Je la sens qui se sépare de moi, comme la vie- dans les films- se sépare physiquement des mourants, tel une vapeur fantomatique... 
Le plus surprenant, c'est la remise au point, les masques qui s'ôtent un à un: 
Le grand Amour de mon rêve, c'était D. ! Une de mes plus anciennes camarades, la bonne amie de toujours, mère d'une petite princesse dont j'ai failli être le parrain. Dieu sait que j'ai pour D. une tendresse définitive- nous partageons les mêmes ricanements- mais point d'"Amour"... Du tout ! 
Depuis qu'on se connaît, pas un seul baiser volé, et pas un seul baiser frustré, rien d'étouffé, jamais. Il me faudrait 6 litres de Whisky, et une nouvelle came, pour plonger de mon gré dans ses bras amicaux. Mais le rêve - cruel de n'être qu'un rêve- avait fait le boulot. Son boulot de transposition, d'inspiration géniale, le rêve comme un Dieu créateur de toutes choses. 

Deux jours plus tard, D. vient déjeuner. Nous sommes dans mon salon. 
-"Il faut que je t'avoue, ma chérie... Je t'ai aimé follement, d'un Amour absolu."
Le regard ahuri de ma si chère amie !
-"Oui, je te jure... Il y a 2 jours."
Elle manque recracher sa salade. 
-"Ne me regarde pas comme ça, nous étions dans une station balnéaire, avant-hier, vers 15 h, une plage surpeuplée... J'ai jouis en toi comme un malade..."
Tout était faux, et vrai, on connaît la chanson, "réalité et illusion"... 
Je l'ai remercier, elle m'a dit, "de rien". J'ai remercié mon rêve. Pas si vain, le rêve. Il m'avait au moins rappelé- grosse piqûre- ce truc flou, étrange et gluant, ou vif et net, tout ça, sur lequel et pour lequel on écrit tout et n'importe quoi. Parce que c'est justement ça: Tout et n'importe quoi. 
Il m'a surtout rappelé ce qui n'en était pas, de l'Amour, dans mon monde trop réel. J'ai fait le ménage, suite à cette nuit. Les amours relatifs et successifs, les charmantes tiédeurs qui font venir le soir, et s'arrangent dans le noir. La main tendue du rêve: "rappelle-toi, mon ami..."
Voilà le rêve qu'il me restait à appeler de mes voeux: 
Un sentiment - bien éveillé!- proche de celui qui m'habitait, me justifiait, durant cette folle étreinte, sur cette vilaine plage de Juan- les-Pins... Et je me foutais pas mal qu'on colle sur son objet le visage de D. ou d'un belge ventripotent. 
Peu importe le flacon, pourvu...
Allez, j'allais au lit.  

Par la suite, heureusement, après que le songe improbable soit venu à la rescousse de ma drôle de vie, la vie est quelquefois venue se mesurer aux songes. Qu'ils se battent pour moi...

1 commentaire:

  1. J'adore.
    (Notez bien que ceci n'est pas une pub pour Dior)

    Claire ESTEBAN

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