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lundi 10 mai 2010

Préface pour "la Seine"

« Scène, seine, saine », trop facile jeu de mots, et pourtant c’est bien celui qui traîne dans ma tête depuis toujours. La seine comme scène de mes éblouissements. La seine assainissant mes idées tordus, lavant mes sombres regards.

D’abord gamin, lorsqu’un heureux hasard me pose dans le salon de Claudia Cardinale, quai henry 4. Vue plongeante, envie de plonger, et le souvenir délicieux d’une panne d’électricité qui nous offre en unique éclairage de théâtre celui des bateaux mouche, projections magiques sur les murs de mon hôte. Et là tout se mélange, Visconti, le Guépard, la silhouette légendaire de Claudia, les touristes chinois, le Français et l’Italien, la renaissance et le moyen âge, Rome et Lutèce : Avais-je bu ? Pas encore, mais comme j’ai aimé cette soirée-là.

Après mon père- vieux rêve d’enfant débarquant d’Algérie dans notre illustre capitale- s’offre un appartement (le dernier, prétend-t-il !) quai d’Orléans.

On y réveillonne, on y noëlise tendrement.

Un soir où les adultes sont absents, je décide d’augmenter le volume de la musique, pour la faire partager aux amoureux qui, en bas, sur les berges, ont posé leur nappe improvisée, et s’inventent le plus beau resto qui soit, sans pourboire ni queue de pie. Je leur balance du Gershwin, final en applaudissement. De rien, c’est pour moi.

Et puis il y les balades à 2 roues- n’a t-on pas inventer le scooter pour flâner doucement le long de ce fleuve ? C’est interdit, qu’importe, le mien ne fait pas de bruit, je roule à pas de cheval, il y a quelqu’un derrière mois, qui me serre dans ses bras, j’ai l’impression confuse et éphémère d’être le créateur du spectacle que la seine nous donne ! Douce mythomanie : Le Louvre, mais oui c’est de moi ! Le Grand Palais, un peu plus loin, c’est encore moi ! Non ? Mais si, mais si. Ces péniches que nous allons squatter l’été, terrasses violées sans scrupules, jusqu’à l’arrivée ronchonne des proprios légitimes. Tant pis, c’était bon, on était presque chez soi.

On m’accusera de parisianisme, force est d’avouer en rougissant que – pour l’instant- la scène de ma Seine, c’est Paris. Je me garde pour plus tard celle qui lèche de si jolis coins jusqu’au Havre, celle qui prend sa source en Côte d’Or.

Celle-ci, je ne la connais que par les grandes plumes du 19ème siècle. Elle a inspiré de réjouissants passages à Zola et Maupassant, et par cela revêt encore dans mon cerveau anachronique la couleur Sépia.

Ça viendra.

Me marierais-je à Notre Dame, sous son regard réprobateur, miroir de mille serments rompus par le passé ? Dans mes rêves ! Baladerais-je à mon tour mon chien sur ses berges amicales ? Dans mes rêves, sans doute !

Mais dans mes rêves, de toute façon, elle existe très fort, cette femme-fleuve de rêve…

6 commentaires:

  1. S'il y a peu de commentaires, ils sont tous très élogieux.
    On raconte qu'il n'est jamais de bon ton d'être "de trop" ; il serait donc presque incorrect d'en rajouter.
    Je n'en pense pas moins.

    Bien à vous toujours,

    Méryl toujours.

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  2. c'est joliment écris, je ne connaissais pas l'individu, mais maintenant je connais le personnage, laissons nous éblouir par la lumière de l'avenir et non pas aveuglé par la poussière du passée Francois.

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    1. François, vous qui avez commenté le 23 janvier.
      Quelqu'un m'a transmis cette phrase hier soir, dans un bar. Savez-vous d'où vient-elle?

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  3. Cher Nicolas
    Hier il m'est venu a l'idee d'ecrire un manuel pratique de la revolution
    En effet etant Tunisien, orgueilleux, pretentieux meme! ma personnalite etant ce qui se rapproche le plus d'un vaste territoire colonise par un ego expansionniste, voire imperialiste, je reve depuis ma plus tendre enfance de devenir ecrivain, dramaturge, Lady Gaga ou meme homme politique, peu importe en fait, du moment que je sois admire, adule, ecoute, que je puisse leguer un peu de mon immense sagesse a cette humanite qui en a tant besoin...
    Alors hier, comme un eclair l'idee m'est venu, que mon heure etait enfin arrivee! Le monde me regarde moi le jeune Tunisien! Mon peuple vient d'atteindre l'age de la majorite, il fete ses 18 ans dans une grande partouze place de la Kasba, bientot il pourra meme aller voter, et deja il ne prend plus de lecons de Mamie France, pour ne pas dire qu'il lui en donne...

    Cerise sur le gateau, la demission de MAM, ravive ce feu de joie qui m'anime et s'empare de mon pays.. Le Francais moyen me regarde avec un sourire beat, jaloux de ma revolution, plein de gratitude envers moi, le bougnoule, l'indigene devenu citoyen de ce monde et qui vient faire le menage jusque dans le gouvernement Francais, c'est dire s'ils ont vecu, ces hommes et ces femmes qui avaient "une certaine idee de la France"....

    Alors je mate une derniere fois mon reflet dans le mirroir des radios de chez vous qui s'arrachent une interview de mon nouveau secretaire d'etat a la jeunesse, tres vite passe de branleur a bloggeur et de bloggeur a ministre, a grands coups de recuperation politico-mediatique...
    Sur qu'une fois ministre le bloggeur est devenu Rock star et qu'une fois Rock star il est redevenu branleur. Et puis sur que j'ai une grosse envie de lui cogner dessus ici meme.. Mais putain! Quand je pense que la France me l'envie! Dieu que c'est jouissif!

    Hier, Cher Nicolas, arrive a la phase clonique de ma crise epileptico-revolutionnaire, j'eus comme une revelation.. Marianne apparut au pied de mon lit, elle me chuchota d'une voix douce-amere: "Leve toi mon enfant! A ta plume! Ton jour de gloire est arrive... La France n'est plus, desormais tu seras la France!"

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  4. A peine sorti de ma lethargie, je n'allais pas m'amuser a chercher tres loin une enorme idee de bouquin. Ma faineantise legendaire me pousse naturellement vers la facilite. J'ecrirais la revolution...comme tout le monde!
    Oui mais comment faire original en faisant pareil que tout le monde? Reponse simple: Je n'ecrierai pas MA revolution, ni meme NOTRE revolution, j'ecrirai Le Manuel de la Revolution : premier manuel Tunisien a l'adresse de la France.
    Ca s'appelle renvoyer l'ascenceur, a ceux meme qui longtemps apres la decolonisation, se seront arroge un droit de regard sur ce qui se lit et s'ecrit dans nos manuels scolaires, et un droit de regard sur qui est capable qui est incapable, de nous gouverner proprement..
    Mais enfin, je ne vais pas faire ici dans l'amertume. Je suis ne sous le soleil d'une tradition optimiste et par ailleurs plus que doublement millenaire..

    Hier donc, j'ai ressorti mes vieux carnets et decide de m'atteler a la tache..
    Par souci de methode, il me fallait d'abord definir ce qu'etait une revolution. J'ai hesite entre Le Robert, et Larousse, La revue de droit de Harvard ou le les charmantes elucubrations d'un thesard quelconque de McGill ou de Henri IV. J'ai meme visualise dans ma petite tete un grand "debat" sur la 2 avec Tariq Ramadan charmant, bad boy, quelque peu sanguinaire, Jaques Attali, le corbeau de son surnom, ce prophete de malheur a qui il a fallu 11 bouquins et 30 annees de branlette intellectuelle pour nous expliquer a sa maniere ce qu'un humouriste manchot -et arabe qui plus est- a tres bien dit en une seule phrase: "on va tous mourir", rajoutez Zemmour, un goy qui n'en revient toujours pas d'avoir une si petite bite et qui compense en se masturbant l'ego une fois par semaine devant des millions de telespectateurs qui ne font meme plus l'amour le samedi soir, tellement ils sont soucieux de faire fructifier leur redevance tele.... Et enfin, probablement le plus intelligent de tous, car c'est lui qui se fait le plus de fric et qui se fout de leur petites gueules en plus, j'ai cite Laurent Ruquier... Sur qu'ils en connaissent un rayon en matiere de revolution....

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  5. Enfin bref, tout ca ne m'excite pas trop, alors je m'en vais faire un tour au centre ville de Tunis, histoire d'examiner la bete de plus pres. Arrive place de la Kasba, mon premier constat, c'est qu'une revolution en vrai, bah.. ca pue! Ca pue la pisse jusqu'au pieds de la mosquee d'a cote, ca pue la biere et le mauvais vin, et puis ca pue le manifestant mal rase, avec ses chaussettes sales venu des villages recules d'un pays emergeant, et qui n'a pas pris de douche depuis deux semaines.. en fait pour en recreer la composition olfactive il vous faudrait enfermer pendant trois semaines dans une meme cellule de Fleury, un Punk a chien, un intermittant du spectacle aux cheveux gras, et Jean Louis Borlo.
    Alors riche de ce constat, je rentre chez moi , je feuillette un par un mes carnets, mes bouquins, je ratisse le web a la recherche d'un seul politologue, sociologue, journaliste, litterateur ou homme politique, qui en aie fait la mention au prealable... c'est ainsi que j'appris a mon plus grand desarroi, que nul n'est plus ignorant que celui qui croit savoir et que nul n'est plus arrogant que celui qui croit pouvoir expliquer, ni meme comprendre ce que lui meme n'a jamais vecu et ne vivra probablement jamais...

    Franchement dans mon delire, j'ai pense a vous... Voila deja des semaines que chacun y va de son petit mot sur les revolutions du monde Arabe, sur ce qu'il faut en craindre et ce qu'il faut en attendre. Un homme qui se definit comme un "dramaturge sequestre par Giesbert pour eviter a son public le suicide collectif" me suis je dit, saura comment leur expliquer a tous, la haut a Paris, qu'ils doivent fermer leur gueule un instant, et regarder faire pour une fois. Et puis tant qu'ils y sont, pourquoi pas apprendre...

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